Ladite maison se situe à Ger, dans la Manche, un village d’à peine 1 000 habitants que l’on pourrait qualifier d’assez isolé. En y arrivant, on a du mal à croire que l’on va tomber face à une curiosité architecturale, tant la ruralité du village est affirmée. Bien sûr, j’ai dû demander mon chemin et on m’a immédiatement indiqué la route à suivre. Visiblement, le site est incontournable : “Y’a eu des quantités de cars qui sont passés la semaine dernière”, m’a-t-on précisé.

A présent sur le bon chemin, impossible de manquer la maison, tant son architecture tranche avec les autres habitats de la commune. Le propriétaire, Kevan Trott, nous attend.

Comme de plus en plus d’anglais, il aime la France, et a souhaité, dès 2004, s’installer dans notre pays. Il achète alors 1 300 m2 de terrain à Ger pour... 6 000 euros ! Il projette alors d’y construire une Earthship), un concept de maison autonome fabriqué à base de pneus et de terre tassée. Il contacte alors Mike Reynolds, l’architecte ayant créer ce concept dans les années 70. Comme il s’agit de la première réalisation de ce type en Europe, il décide de venir sur place lui donner des conseils.

Le permis de construire est alors déposé. Il faudra un an pour que celui-ci soit accepté, le 23 novembre 2006. Le maire de l’époque accueille le projet très favorablement et propose à Kevan d’organiser une réunion à la mairie pour informer la population locale. A la grande surprise de Kevan, les habitants de la ville sont très intéressés et le soutiennent dans son action.

Une construction originale



Kevan s’est procuré les 750 pneus nécessaires à la construction dans un centre de retraitement situé non loin de Ger. (Photo : Kevan Trott).


La structure de base de la maison... est en pneu. (Photo : Kevan Trott).


Plus de 75 bénévoles (anglais, américains, espagnols, suédois, mexicains, etc.) de l’association Earthship se sont relayés sur le site. (Photo : Kevan Trott).


Le dos de la maison, au nord, repose sur une colline artificielle de pneus remplis de terre, assurant ainsi une excellente isolation thermique. Le reste de la maison repose sur une ossature bois. (Photo : Kevan Trott).


Les murs de la maison sont fabriqués avec des “briques” de bouteilles en verre (10 000) ou de canettes (2 000). (Photo : Kevan Trott).

Un fonctionnent basé sur la sobriété et l’autonomie


Earthship n’est relié qu’au réseau téléphonique. Elle est autonome en électricité et en eau. Les panneaux solaires photovoltaïques en façade sud assurent les besoins en électricité, en délivrant une production de 2 kWc.


Six batteries de fortes capacité stockent l’énergie potentielle électrique.


L’eau de pluie, captée sur la totalité du toit, est stockée dans deux cuves d’une capacité totale de 10 000 litres.


Le chauffage de la maison est, en grande partie, assuré par la baie vitrée exposée au sud. En cas de surchauffe, des clapets situées sur le toit permettent une ventilation efficace.


Un poèle à bois assure le complément de chauffage dans la pièce de vie. Le réfrigérateur de la maison est un modèle californien sur-isolé (marque SunFrost) prévu pour les régions désertiques. Il consomme 4 à 5 fois moins d’électricité qu’un modèle classique.


La maison dispose de 2 circuits électriques. Un, en 220 V, pour l’ordinateur portable, le matériel de bricolage, et l’autre, en 24 V, pour le réfrigérateur, les ampoules et les pompes à eau.


L’eau chaude sanitaire est fournie par des panneaux solaires relayés, en cas de manque de soleil, par une chaudière à gaz fonctionnant sur bonbonnes.


Dans cette maison, on boit l’eau de pluie ! J’ai essayé et je ne suis pas mort. Elle a le goût typique des eaux de montagne peu minéralisées.

J’ai vraiment été très surpris par cette maison. Tout est fait pour consommer le moins d’énergie, aussi bien à la construction qu’à l’utilisation. Ainsi, le coût de fonctionnement de la maison est dérisoire, on ne paie que la facture de téléphone. Plus étonnant encore : la veille de ma visite, une panne de courant a touché le village, privant les plus ardents suporters de football de leur équipe préférée. Kevan a alors invité ses voisins à regarder le match sur son ordinateur, évidement épargné par cet aléa. Malgré tout, j’imagine assez difficilement ce type de maison se généraliser. Même s’il y en a 3 000 dans le monde, principalement au Nouveau-Mexique, aux Etats-Unis, la sobriété extrême demandée par la maison fera fuir l’habitant lambda. Ici, il est très difficile d’imaginer un home-cinéma, un lave-vaisselle, un écran plasma ou même un ordinateur taillé pour le jeu... Mais pour ceux qui seraient prêt à passer le pas, il existe une littérature assez importante sur ce type de maison.

Merci à Kevan pour son accueil et à Ruth pour la restitution des textes.